Dans le rap, on se souvient souvent d’un refrain avant du nom qui l’a rendu possible. Le tandem Sokol et Eliyel invite à regarder aussi ce qui se construit en studio : composition, prise de son, mixage et direction artistique. Dans un entretien publié par Booska-P le 30 septembre 2026, les deux producteurs racontent leur passage du travail autodidacte à la création du studio Le Pacte. Leur parcours éclaire une évolution concrète du rap hexagonal : le beatmaker peut devenir un architecte sonore de projet, à condition que la collaboration respecte aussi la vision de l’artiste.
Des amis qui apprennent en pratiquant
Les deux hommes se connaissent depuis le lycée, où ils se sont rencontrés vers 2012 ou 2013 selon leur récit. La musique devient un travail commun plus tard, autour de 2019. Ils expliquent ne pas avoir suivi une formation spécialisée : ils ont progressé en fabriquant des instrumentales, en travaillant avec de jeunes artistes de leur entourage et en apprenant les métiers de studio sur le terrain. Pour assurer leurs revenus au début, Sokol a notamment travaillé comme ingénieur du son. Le récit ne transforme pas cette trajectoire en recette universelle; il rappelle plutôt que la production musicale inclut des activités moins visibles que la composition d’un beat.
Cette expérience technique a compté dans la suite. Sokol et Eliyel disent avoir travaillé comme ingénieurs avant de proposer davantage de productions aux rappeurs avec lesquels ils collaboraient. Ils décrivent une répartition complémentaire : l’un insiste sur l’instinct et la direction, l’autre sur l’écoute des détails et la technique. Le duo n’est donc pas seulement une signature sonore; c’est aussi une méthode de travail partagée.
Le Pacte, un outil de cohérence
Le studio qu’ils ont créé sous le nom de Le Pacte rassemble composition, enregistrement, mixage et direction artistique. Dans l’entretien, ils expliquent que disposer de leurs propres locaux leur permet de travailler quand ils le souhaitent et de conserver une continuité entre les étapes d’un projet. Cette autonomie est particulièrement importante lorsqu’un producteur intervient sur plusieurs morceaux d’un même album : les décisions de texture, de prise de voix et d’enchaînement peuvent être pensées ensemble, au lieu d’être prises séparément à chaque session.
Ils prennent l’album Numéro d’écrou de La Rvfleuze comme exemple d’une direction assumée. Selon leur témoignage, l’équipe de production est restée resserrée — sept ou huit beatmakers — afin de préserver une couleur homogène autour de l’univers sombre porté par les textes. Pour The Cat de Nono La Grinta, ils décrivent une approche différente : l’artiste avait déjà construit son univers visuel et artistique, et leur rôle consistait à l’accompagner et à lui donner une traduction sonore. Ces deux exemples montrent qu’un travail de production cohérent ne signifie pas imposer une seule formule à tous les artistes.
Une empreinte, pas un moule
Sokol et Eliyel décrivent leur propre son comme épique, mélancolique et épuré. Cette formule demeure leur lecture de leur travail, pas une étiquette qui résumerait tous les morceaux auxquels ils contribuent. Ils reviennent aussi sur la fabrication de « Un monde à l’autre », enregistré pour un projet associé au GP Explorer, où leur production a été retenue par l’équipe artistique avant que Gims et La Mano 1.9 ne posent leurs voix. Une instrumentalité identifiable peut donc rencontrer des interprétations et des contextes très différents.
Pour les auditeurs qui veulent aller au-delà du nom des interprètes, les crédits offrent un point d’entrée, même s’ils dépendent des métadonnées envoyées par les labels ou distributeurs. Spotify indique que ses crédits affichés proviennent de ces métadonnées et peuvent inclure producteurs, ingénieurs, auteurs et artistes invités. Cette précision compte : l’absence d’un nom sur une page de plateforme ne permet pas, à elle seule, de conclure qu’il n’a pas participé à la création.
La suite au-delà des productions
Le duo explique avoir fondé Le Pacte comme structure et y avoir signé un premier rappeur, KTG. Il prépare aussi, selon ce même entretien, un projet réunissant plusieurs artistes, annoncé pour 2027 sans date de sortie précisée. Ce sont des projets déclarés par les intéressés, pas un calendrier de sortie confirmé par une plateforme.
En rendant visible le travail de studio, Sokol et Eliyel déplacent un peu le centre de gravité du récit musical : un morceau n’est pas seulement une voix sur une boucle, mais une série de choix et de métiers qui se répondent. Leur ambition à long terme — accompagner des artistes autant que produire des titres — reste à suivre dans les faits. Pour l’instant, leur entretien documente surtout une manière de construire un son en équipe, sans effacer la singularité de celles et ceux qui le portent.
